Alors qu’un récent rapport publié par l’organisme World Wealth & Income Database qui réunit des chercheurs du monde entier dont les économistes français Thomas Piketty et Lucas Chancel nous alarme sur les montées des inégalités à l’échelle du globe, il convient de dresser un constat sur les causes et les conséquences d’un tel phénomène.

Des inégalités croissantes à l’échelle mondiale : fruit d’une croissance exponentielle ?

Le constat est alarmant, en premier lieu les plus mauvais élèves de cette étude sont des pays que l’on considérait traditionnellement comme émergents tel que le Brésil, la Chine ou l’Inde. Dans ces pays où les régimes politiques sont soit instables soit peu, pour ne pas dire pas, démocratiques on peut se demander quelles solutions sont envisageables dans un cadre qui ne permet pas la naissance de mouvement sociaux contestataires suffisamment organisés pour faire évoluer les situations. De plus ces pays n’ont pas de modèles sociaux suffisamment ancrés ce qui conduit à de fortes disparités au regard de l’accès à l’éducation, aux soins et à l’emploi. C’est en ce sens que le constat est inquiétant pour ces zones géographiques où les solutions ne semblent pas pouvoir intervenir à l’échelle nationale.

On pourrait penser que parmi ces pays où les inégalités n’ont cessé de s’accroître corrélativement à la croissance, les inégalités seraient à terme comblées par un équilibre naissant, fruit d’une stabilisation politique et économique. Cependant, comme le démontre le rapport, la croissance rapide n’est pas le seul facteur d’explication de ces inégalités.

En effet, la hausse de ces inégalités touche également des pays traditionnellement considérés comme des puissances mondiales pour lesquels les justifications sont toutes autres.

L’exemple américain :

Dans une interview concédée au journal l’Obs l’économiste Thomas Piketty met en avant le cas des États-Unis. Dans ce pays les facteurs ayant grandement contribué à cette montée inquiétante des inégalités sont au nombre de trois.

Premièrement, l’effondrement des bas salaires a conduit le salaire minimum à passer sous la barre des 7,5$, conduisant à réduire très fortement leur pouvoir d’achat et donc leur accès aux soins par exemple.

Deuxièmement, les inégalités criantes en matière d’accès à l’éducation car le système américain conduit à financer l’éducation à l’échelle locale. De ce fait on assiste à des phénomènes de méritocratie a deux vitesses voir complètement illusoire car les enfants de familles aisés des quartiers résidentiels auront plus de facilité à accéder à un enseignement de qualité. Par la suite, les enfants issus de familles modestes accédant aux études supérieures rencontreront d’autres difficultés financières car les universités américaines sont coûteuses les conduisant à s’endetter sans garantie d’obtenir un emploi à la clé. On constate, et cela depuis plusieurs années, que le système éducatif américain ne permet pas d’enrayer cette dynamique inégalitaire américaine qui tend à s’accroitre.

Enfin, le dernier facteur est lié à une conception fiscaliste de plus en plus proportionnel. En effet, en suivant ce modèle on tend à imposer les citoyens de la même manière en tenant de moins en moins compte des situations de ces derniers.

Néanmoins si la situation des Etats-Unis n’est pas la seule pointée du doigt par le rapport de la WID, les orientations politiques et fiscales de ces derniers sont symptomatiques des orientations internationales.

Une orientation fiscale française à questionner :

Globalement la situation européenne apparaît néanmoins moins alarmante que celles des américains. En effet comme l’atteste le rapport la part du revenu national brut attribuée aux 50% des contribuables les plus pauvres était similaire entre les deux pays car en 1980 puisqu’elle était de 24% en Europe de l’Ouest contre 21% aux Etats-Unis. De nos jours ce taux est désormais de 22% en Europe contre 13% aux Etats Unis. Cela nous conduit à nous interroger sur notre modèle fiscal qui est inhérent à notre conception de la justice sociale.

Cependant à l’échelle de la France la politique fiscale menée par le président actuel est relativement inquiétante car très fortement similaire à celle du président américain. Plus précisément, tous deux ont par exemple concédé des régimes dérogatoires au sein des impositions sur le revenu. En ce qui concerne les Etats-Unis ces derniers ont réduit de 40 à 20% le taux d’imposition des chefs d’entreprises individuelles. En parallèle, son homologue français concède une taxe unique sur les dividendes et les intérêts qui s’élèvera à 20% là ou auparavant ces derniers étaient imposés à 50% au titre de la CSG et de l’impôt sur le revenu. Autre similitude notable, là où le président Trump exonère de taxe les successions, M. Macron exonère d’ISF les actifs financiers. Or, les chiffres démontrent que les actifs financiers sont très souvent aux mains des grosses fortunes là où les patrimoines immobiliers sont aux mains des classes moyennes, comme l’explique Lucas Chancel.

Les deux présidents justifient leur orientation fiscale de manière différentes, néanmoins tous deux ont des difficultés à justifier que les largesses fiscales concédées profiteront à d’autres catégories sociales que celles des plus fortunées. C’est en ce sens que l’orientation fiscale française est inquiétante, et ce, au regard du rôle de ces fortunes dans l’accroissement de la pauvreté par des phénomènes de captation de capitaux fondamentalement opposés à une quelconque justice sociale qui nécessite des investissements. De plus de telles mesures fiscales ne font qu’aggraver le sentiment de mise à l’écart des populations à bas revenus qui sont les grands oubliés de la mondialisation, ce qui conduit à la prolifération d’un sentiment anti-mondialiste voir nationaliste. D’une façon générale on peut donc grandement s’inquiéter du modèle fiscal français qui semble se dessiner. En effet au regard du contexte politique actuel, l’orientation fiscale française est un modèle pour beaucoup de pays européens, un concurrent tout du moins car dans la course à l’attractivité fiscale les premiers perdants sont les plus démunis.

Ceci est d’autant plus inquiétant quand on prend en compte la traditionnelle conception de la justice sociale française conduisant depuis longtemps à un modèle fiscal redistributeur des richesses. Il devient donc urgent de repenser notre modèle fiscal et plus généralement notre conception de la justice sociale en lui intégrant les conséquences de la mondialisation ayant conduit à une répartition de plus en plus inégale des richesses qu’on constate aujourd’hui. Il convient également d’enclencher un débat public quant à cette question dont la réponse doit être le fruit de négociations multilatérales faisant intervenir différents acteurs aussi bien nationaux mais aussi et surtout européens.

Yanice HAMDI

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