Suite à la décision du président américain du 8 mai 2018 ayant pour conséquence le retrait unilatéral des États-Unis du Plan Global d’Action Conjoint, plusieurs incertitudes émergent.

Au delà des réactions internationales qui ont unanimement condamné cette décision, il convient de comprendre les différentes conséquences que risque de susciter cette décision. Plusieurs sont à prévoir.

Dans un premier temps, le sacrosaint « monde libre » semble perdre en crédibilité et par là, la parole américaine tout autant. Comment faire confiance à un état qui ne respecte pas ses engagements? Donald Trump, dans un comportement belliqueux semble attiser de vives inquiétudes. Les iraniens ne tarderont d’ailleurs pas à le soulever : « L’horloge de l’apocalypse est à son point le plus dangereux depuis 1953. L’obstination de M. Donald Trump à tuer l’accord de Vienne provient de la même dangereuse imprudence » .

Iran - us flag

Une autre conséquence de ce retrait tient à l’affaiblissement certain de l’économie, non seulement iranienne mais aussi, dans une plus faible mesure, à celle des pays ayant commencé à commercer avec Téhéran. En effet, le rétablissement de certaines sanctions américaines entrainera à coup sûr une baisse des exportations de pétrole iranien, ce qui, conséquemment, viendra augmenter le prix du baril et affaiblira les économies occidentales. De plus, les accords commerciaux pourront être reconsidérer ce qui provoquerait un lourd manque à gagner entre l’Iran et certaines puissances, européennes notamment.

À cela s’ajoute l’affaiblissement interne du régime iranien, comme le rappelle Vincent Jauvet, : « en Iran, le président « réformateur » Rohani, qui avait défendu bec et ongles l’accord en promettant des retombées économiques mirifiques (…) est humilié, tandis que le clan des « durs » pavoise ». Cette humiliation aurait ainsi pour conséquence la mise en échec de toute nouvelle tentative de négociation.

Iran Croissant Chiite léo andré

Enfin, le risque majeur serait un affrontement entre Iran et Israël. Tel-Aviv profiterait ainsi de l’instabilité de la région et du soutien sans faille de son homologue américain pour accomplir son objectif : affaiblir la menace iranienne à ses portes. Alors, à l’heure de cette décision inédite, ce dernier scénario semble se concrétiser ce qui n’est pas sans danger pour la stabilité régionale et la paix internationale. En effet, durant la nuit du 9 au 10 mai dernier, Israël a mené un raid aérien sur les positions militaires iraniennes en Syrie en réponse à une attaque supposée de l’Iran envers le Golan, région frontalière, occupée par Israël.

Air strike israel iran leo andré
Tir de missile depuis Damas. 10 mai. REUTERS

L’objectif de l’État Hébreu est d’éviter la naissance d’une crise négligée tel que ce fût le cas au Liban quelques années auparavant. Par sa faiblesse de réaction, Tsahal avait laissé le Hezbollah s’installer durablement. Tel-Aviv en paye aujourd’hui les conséquences suite à sa victoire aux élections libanaises. C’est donc dans une logique de fermeté qu’Israël souhaite éviter cette répétition de l’Histoire et ainsi repousser, tant que faire se peut, son voisin perse. Quant à l’Iran, il évolue dans une position bien délicate, tiraillé entre sa volonté de fermeté à l’égard d’Israël et la nécessité de retenue dont il doit faire preuve si il veut conserver l’appui européen.

En effet, l’Union Européenne, constitue pour Téhéran le seul rempart face à son isolement. La chine et la Russie idéologiquement éloigné du géant américain, seuls la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont garants de la « légitimité » offerte par l’occident dans cette crise. Par ailleurs, alors que la Chine reste discrète sur ce dossier, Moscou joue la montre et laisse les puissants de la région se diviser. Poutine voit ainsi dans ce morcellement diplomatique une manière d’affirmer la puissance stratégique russe comme garante de la stabilité régionale au moyen orient.

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Alors dans une situation où américains, israéliens et saoudiens cherchent de concert à affaiblir le régime des Mollahs et alors que la Chine et la Russie, restent discrètes, l’Union Européenne est plus que jamais à la manœuvre sur ce dossier. Cela s’explique notamment du fait que l’enjeu est capital au regard des partenariats économiques qu’elle a lancé avec l’Iran.

Difficile d’imaginer l’issue de cette crise. Entre escalade inédite ou retour à la table des négociations, la réponse européenne, dite « loi de blocage », et la tournée diplomatique iranienne permettront peut-être d’esquisser une solution décisive.

Léo André

Étudiant en Relations Internationales

 

 

 

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