Bangkok, la capitale thaïlandaise, le jeudi 31 janvier 2019

La zone qui, en Asie, va du Pakistan à la Chine, est la plus peuplée du monde. Elle concentre 2 milliards d’habitants, soit un tiers de la population de la planète. Pendant la moitié de l’année 2018, un gigantesque nuage de pollution a recouvert cette zone. Ce “nuage brun” est dû au développement démographique et industriel des pays de la région et a des conséquences très graves sur la santé des habitants et sur le climat du reste du monde. 

De plus en plus de gaz toxiques sont rejetés dans l’atmosphère par les camions, les transports privés, les industries, et les habitants brûlent de plus en plus de bois et de charbon, pour se chauffer et faire vivre leurs cultures, écartant toute responsabilité écologique. Ce nuage s’étend sur une surface grande comme les États-Unis. Il dérive au gré du vent et des saisons, et stagne ainsi d’avril à octobre au-dessus de cette population de 2 milliards d’habitants. Les effets de ce nuage sont inquiétants. Les pluies se font plus rares, et la lumière du Soleil atteint difficilement le sol, ce qui empêche les cultures de se développer normalement. 

La question écologique devient donc de plus en plus alarmante et, depuis la dernière décennie, ces préoccupations environnementales ont poussé les dirigeants à rechercher de nouveaux moyens de développement : un développement dit “durable”. De nombreux gouvernements asiatiques ont donc procédé à la mise en place de mesures de dépollution inédites, pour faire face à une telle crise. 

Le souci principal concerne la pollution de l’air. Le niveau de pollution atmosphérique atteint dans les villes industrialisées et urbanisées des pics sans précédents. Selon l’OMS, près d’un million de personnes parmi les 3,7 millions qui ont trouvé la mort à cause de la pollution atmosphérique en 2012 étaient originaires d’Asie du Sud-Est. Si au Japon ce niveau se stabilise, voire diminue, dans des pays encore en voie de développement démographique, tels que le Bangladesh, le Pakistan et l’Inde du Nord, le taux de concentration de particules fines dans l’air atteint des records mondiaux. En Chine c’est un autre type de phénomène qui se présente : les particules de sable apportées par le vent depuis l’Ouest s’ajoutent aux molécules de charbon et forment un brouillard. Selon une étude de la revue Lancet Planetary Health, 1,24 million de personnes sont mortes en Inde dans l’année 2017 à cause de la pollution de l’air.

Cette pollution atmosphérique ne connaît pas seulement un impact humain mais aussi environnemental. Les particules “sales” présentes dans l’air finissent par tomber dans les sols avec les pluies et, avec les métaux contenus dans les nappes phréatiques, rendent l’eau non potable. Les populations sont donc obligées d’acheter de l’eau en bouteille, ce qui creuse davantage l’inégalité sociale contraignant les moins aisés à consommer de l’eau non potable. Cela représente donc un danger pour la santé humaine : les diarrhées provoquées par ces eaux souillées ont entraîné 400 000 morts en Inde, 120 000 au Pakistan et 50 000 au Bangladesh, dont la plupart sont des enfants. 

Face à ces situations, les gouvernements touchés par ces pics de pollution se trouvaient forcés à agir. On retrouve ainsi des mesures “traditionnelles” pour lutter contre cette pollution comme la régulation de la circulation, en mettant en place une circulation alternée, en prohibant la combustion d’ordures ou encore en interdisant certains véhicules plus polluants de circuler provisoirement comme à Bangkok ou à New Delhi, où la pollution de l’air est meurtrière. Même la journée de festivité que représente le Nouvel An chinois en Asie a été impactée. En Thaïlande, par exemple, des interdictions d’allumer de l’encens ont été prises, pour éviter d’augmenter davantage le niveau de pollution. Les politiques écologiques de ces pays essaient surtout de mettre leurs populations en sécurité en optant pour des mesures protectrices envers les plus fragiles. On retrouve ainsi des salles de sport virtuelles d’intérieures pour les écoliers sud-coréens, ou encore le gouvernement thaïlandais qui a décidé de fermer les écoles de la capitale pendant trois jours, mesure qui reste inédite dans l’histoire du pays. 

La Corée du Sud prévoit, quant à elle, une installation massive de purificateurs d’air dans les crèches, les écoles et les lycées de la capitale, d’ici 2020. Les enfants restent un public fragile face à cette menace, c’est pourquoi il convient de concentrer les actions dans le but de les protéger. 

Cependant, ces mesures semblent dérisoires face à l’ampleur que le phénomène a pris ces dernières semaines. En effet, les nuages bruns obstruent les buildings luxueux des grandes capitales du continent, les cabinets de médecins se retrouvent bondés de patients avec divers problèmes respiratoires. Malgré cela, les centrales à charbon coréennes, ainsi que les industries chinoises, n’ont pas cessé de fonctionner et de rejeter des particules fines, aussi appelées “ PM2.5 ”. Ces particules fines, connues pour leur toxicité, sont nommées ainsi du fait de leur diamètre inférieur à 2.5 micromètres, de la terminologie anglaise particulate matter.Cette petite taille fait de ces particules des molécules dangereuses car elles peuvent facilement s’infiltrer dans les poumons par les voies respiratoires et causer des intoxications. Cette taille caractéristique et infime, rend le combat mené contre elles encore plus dur. En effet, dû à leur diamètre, elles ne peuvent tomber au sol qu’à l’aide de la gravité, ce qui nécessite donc des précipitations, au risque de les voir rester en suspension dans l’atmosphère pendant plusieurs jours.Les gouvernements étaient donc forcés de répondre différemment à cette menace toxique, en mettant en place des mesures inédites sans précédent.

De la pluie artificielle pour contrer la pollution de l’air

En Thaïlande, c’est un système de pluie artificielle qui a été considéré et puis mis en œuvre, pour lutter contre ces PM2.5. En effet, la pluie était censée faire tomber ces particules, et ainsi “nettoyer” l’air de la capitale. Cependant, cette mesure n’a pas eu l’effet escompté. Les multiples tentatives n’ont pas toutes réussi et les fines pluies données ne sont pas parvenues à éliminer ces particules en grand nombre. Il faut aussi noter que cette méthode consiste à injecter dans les nuages des produits chimiques, tels que le cadmium, le sulfate ou encore l’acide, pour former des gouttes de pluie par augmentation de l’humidité. Mais à la fin du processus, ces produits chimiques se retrouvent dans les rivières, ce qui accentue la dégradation de la ressource hydrique. Cette solution a donc des revers non négligeables.

La Korea Meteorological Administration (KMA) a aussi opté pour cette méthode pour diminuer la présence des particules fines dans le ciel sud-coréen, mais tout comme à Bangkok, cette solution ne semble pas durable et s’est révélée inefficace.

Le gouvernement de Bangkok, face à cet échec, ne s’est pas résigné et a dispersé une dizaine de drones dans les airs pour diffuser une solution liquide devant alourdir les particules fines, les PM2.5, pour ainsi les faire tomber. 

Ces taux de concentration de PM2.5 ont atteint, dernièrement, des niveaux alarmants avec des pics à 185 microgrammes au mètre cube d’air, alors que le seuil de tolérance de l’OMS se trouve 25 microgrammes par mètre cube. Un responsable du “Defense Technology Institute of Thaïlande” a affirmé qu’une heure de vaporisation a permis de faire baisser la concentration en PM2.5 de 10 microgrammes d’air. Il faut cependant noter que ces drones ont seulement été utilisés dans un petit parc de Bangkok : à une plus grande échelle, l’efficacité du concept reste encore à prouver. 

Ce dispositif, tourné à la dérision sur les réseaux sociaux, a mis à mal le gouverneur bangkokois Aswin Kwanmuang qui s’est résolu à lancer un appel à l’aide.

La reconnaissance de personnalité juridique à un fleuve

Les mesures inédites de lutte contre la pollution ne sont pas exclusives à cette année. En 2017, l’Inde pour lutter activement contre la pollution de ses fleuves sacrés leur a donné une personnalité juridique (fleuves du nord de l’Inde, le Gange, surnommé “fleuve mère” par les hindous, et la Yamuna).  Ainsi toutes atteintes à ces fleuves, considérés comme personnes morales seraient en théorie sanctionnées.

Si cette mesure semble être adaptée à la situation, l’octroi de la personnalité juridique des fleuves sacrés était plutôt une démarche symbolique. En effet, un an après l’attribution de cette personnalité, ce fleuve mère reste pollué et voit son débit réduit. Cet espace bleu est malheureusement victime du déversement de 1,3 milliard de litres d’eaux usées domestiques par jour dans la seule ville du Bénarès, ainsi que 260 millions de litres de résidus industriels. Encore plus frappant est le fait que ce fleuve est devenu le cimetière d’environ 40 000 corps, les sépultures étant trop chères pour une grande partie des habitants du pays. Cette pollution de la ressource hydrique peut donc amener à une réelle crise sanitaire, qui toucherait dans un premier temps les pauvres, qui n’ont pas accès à l’eau propre et se trouvent donc obligés d’utiliser cette étendue d’eau pour se laver, boire ou encore faire leurs ablutions. 

Ces pics de pollutions notables sont propres à cette région du monde pour diverses raisons, comme des raisons démographiques, ou encore la faible conscience écologique de ces populations. Ce problème environnemental serait donc en phase de devenir un sujet dont les politiques pourraient s’emparer, et peut-être imaginer la mise en place de politiques environnementales durables, et ainsi éveiller les consciences de ces individus sur le problème écologique.

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